Joignable n’importe où et en permanence ? Le revers du travail flexible
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- Belgique
- 08/09/2026
Le télétravail, le travail hybride et la plus grande autonomie quant aux horaires de travail offrent aux travailleurs de nouvelles possibilités pour mieux concilier leur vie professionnelle et privée. Mais cette liberté comporte également des inconvénients. La technologie numérique permet de travailler n’importe où et à tout moment. Cela peut donner lieu à des journées de travail plus longues, des limites floues et une culture de la disponibilité permanente. Un récent rapport d’Eurofound montre clairement ces tensions.
La flexibilité s’accroît, mais pas à la même vitesse partout
Le rapport montre notamment que la façon de travailler des Européens a fortement changé ces dernières années. En 2024, 22,6 pour cent des travailleurs au sein de l’UE travaillaient habituellement ou parfois depuis leur domicile. Mais des écarts importants sont observés entre les États membres. Avec 52 pour cent, les Pays-Bas sont en tête, suivis par la Suède, le Luxembourg et le Danemark. En Bulgarie, en Grèce, en Hongrie et en Roumanie, moins d’un travailleur sur dix fait du télétravail.
L’autonomie quant aux horaires de travail varie aussi fortement. La Suède, la Finlande et les Pays-Bas enregistrent des scores élevés, tandis que cette autonomie est beaucoup plus limitée, notamment, en Bulgarie, en Grèce, en Roumanie, en Lituanie et en Hongrie.
Eurofound constate une tendance géographique manifeste : le travail flexible et hybride est plus fortement ancré dans le nord et l’ouest de l’Europe que dans différents pays européens du sud et de l’est. Par ailleurs, il n’existe pas de modèle européen uniforme. La réglementation nationale, les secteurs, les cultures d’entreprise et le dialogue social déterminent également le degré de flexibilité.
Plus de liberté, mais aussi plus de risque d’une culture de « travail sans fin »
Les avantages du travail flexible sont réels. Les travailleurs ont davantage de liberté quant au lieu et aux horaires de leur travail. De plus, le télétravail permet d’économiser le temps des trajets. En Europe, ce gain de temps est surtout consacré aux loisirs, mais également à du travail supplémentaire et des tâches de soins.
Pourtant, les analystes d’Eurofound lancent une mise en garde face à un paradoxe. Les travailleurs qui ont des régimes de travail flexibles font plus souvent état d’un meilleur équilibre entre vie professionnelle et privée mais, en même temps, ils travaillent plus souvent pendant leur temps libre. En outre, les télétravailleurs sont plus souvent confrontés à :
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des journées de travail plus longues et des heures supplémentaires ;
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des horaires irréguliers ;
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un manque de repos ;
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du travail qui déborde sur leur temps libre ;
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l’attente d’une disponibilité permanente.
Les contacts fréquents en dehors des heures de travail s’avèrent surtout avoir une forte incidence négative sur le stress, la charge mentale et l’équilibre entre la vie professionnelle et privée. Dans ce cadre, les outils numériques constituent tant une solution qu’un problème : ils permettent l’autonomie, mais ils peuvent aussi accroître la pression à la connectivité permanente.
Belgique : combiner la flexibilité avec des limites claires
La Belgique suit également l’évolution européenne vers des formes de travail plus flexibles. Le rapport d’Eurofound mentionne notamment le deal pour l’emploi d’octobre 2022 en tant qu’adaptation récente majeure du cadre réglementaire relatif à l’organisation du travail.
De plus, la Belgique fait partie des pays qui, depuis la pandémie de Covid, ont adopté des mesures concernant le droit à la déconnexion. Ce n’est pas un luxe superflu. La disponibilité permanente estompe les frontières entre le travail et la vie privée et peut accroître le risque de stress et de burn-out. Une politique de bien-être durable nécessite dès lors bien plus qu’une interdiction technique appliquée aux e-mails après les heures de bureau : un travail sur mesure, une concertation et une attention pour la pression du travail demeurent essentiels.
Il faut également remarquer l’impact du télétravail sur la mobilité. Selon les sources qu’Eurofound a consultées pour la Belgique, le télétravail contribue à réduire le nombre de kilomètres parcourus d’environ 34 millions par jour.
Pas uniquement un problème pour les télétravailleurs
Le débat sur la disponibilité ne peut pas se limiter aux télétravailleurs. Les personnes qui travaillent exclusivement sur site peuvent également recevoir des messages numériques en dehors des heures de travail ou travailler pendant leur temps libre.
C’est pourquoi Eurofound plaide en faveur de mesures qui protègent tous les travailleurs. La flexibilité a un effet positif surtout lorsque les travailleurs en ont eux-mêmes le contrôle. À l’inverse, des horaires flexibles sans autonomie peuvent entraîner une plus grande incertitude et une détérioration de l’équilibre entre le travail et la vie privée.
L’inégalité joue également un rôle dans ce cadre. Les professionnels hautement qualifiés et les cadres ont souvent plus d’autonomie, mais ils courent un risque plus grand de longues journées de travail et d’une disponibilité permanente. Les travailleurs peu qualifiés ont généralement moins d’autonomie et sont plus souvent confrontés à des horaires de travail morcelés et imprévisibles.
L’avenir : la liberté et la protection
L’Europe cherche manifestement un nouvel équilibre. En 2025, treize pays avaient inscrit des dispositions concernant le droit à la déconnexion dans leur cadre national. La France constitue un exemple intéressant à cet égard : après des années de réglementation, les travailleurs français font partie de ceux qui sont le moins souvent contactés en dehors des heures de travail.
La principale conclusion d’Eurofound est toutefois que la réglementation à elle seule ne suffit pas. Une flexibilité saine nécessite également une culture d’entreprise où le temps de repos est respecté, où la pression du travail peut être discutée et où l’autonomie va de pair avec des limites claires.