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Quelles leçons pouvons-nous tirer de l’épidémie de légionellose à Evergem ?

Actualités - 19/06/2019
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Auteur(s): 
Bert Pecceu - Consultant Omgeving, PQ-Consult


Ces dernières semaines, la légionellose a fait les gros titres de l’actualité. L’épidémie de légionellose ayant débuté dans les tours de refroidissement de la zone du canal de Gand a déjà contaminé 32 personnes (un nombre susceptible d’avoir augmenté depuis) et coûté la vie à 2 personnes (le 24/05). Des souches de légionelles ont été détectées dans 7 des 17 tours de refroidissement contrôlées à proximité. Ce constat soulève plusieurs questions importantes. Les entreprises ne respectent-elles pas leurs obligations ? L’Agence flamande Soins et Santé réalise-t-elle suffisamment de contrôles ? Et en tant qu’entreprise, que pouvez-vous faire pour prévenir la contamination ? 

Qu’est-ce que la légionelle ou Legionella ?

La légionelle est une bactérie présente à l’état naturel partout dans le monde. On la trouve en faibles concentrations dans des systèmes d’eau douce. La bactérie peut survivre dans l’eau à des températures comprises entre 0 °C et 63 °C, mais elle se multiplie surtout entre 25 °C et 45 °C. Outre la température, d’autres facteurs influencent aussi la croissance des bactéries de type Legionella, comme la présence de matières organiques, de biofilm et la stagnation de l’eau.

La Legionella n’est dangereuse pour l’homme que si les germes sont inhalés. Les germes peuvent alors continuer à se développer dans les poumons et provoquer 2 types de maladies. La première, la fièvre de Pontiac, se manifeste par des symptômes grippaux qui, dans la plupart des cas, disparaissent spontanément après 2 à 5 jours. La deuxième maladie, la maladie du légionnaire ou légionellose, se manifeste par une infection pulmonaire grave qui peut s’accompagner d’autres symptômes et s’avérer fatale. Les personnes en mauvaise santé, les personnes âgées, mais aussi les fumeurs sont particulièrement vulnérables. L’inhalation de germes est possible lorsque de l’eau contenant de fortes concentrations de Legionella se retrouve sous forme d’aérosol (gouttelettes en suspension dans l’air). Les douches, installations de pulvérisation et tours de refroidissement représentent dès lors un risque conséquent.

Afin d’éviter le risque de contamination de la population, la prévention de la légionellose a été intégrée dans la législation par le biais d’un arrêté sur la légionellose (Flandre) et du RGPT. En Flandre, l’arrêté sur la légionellose contient des règles qui visent principalement les bâtiments où de nombreuses personnes se rassemblent et sont susceptibles d’être exposées à la bactérie sous forme d’aérosols. Il s’agit principalement des centres de soins, des hôtels, des piscines, des salles de sport, des lieux expositions, etc. De plus, l’arrêté sur la légionellose vise les tours de refroidissement, ce qui confère donc aussi une responsabilité importante aux entreprises.

La Legionella dans les tours de refroidissement

Dans une tour de refroidissement, l’eau chaude est refroidie par nébulisation et soufflage d’air dans la direction opposée. Ce procédé contribue à la propagation d’aérosols dans l’environnement.
Dans le cadre de la prévention de la légionellose, une distinction est faite entre les différents types de tours de refroidissement et les mesures préventives correspondantes sont formulées en fonction de l’eau qui est utilisée et du tirage. Quand une tour de refroidissement utilise de l’eau de surface, le risque de contagion est plus grand, car cette eau contient naturellement des germes et des nutriments et se réchauffe en été. L’eau souterraine, l’eau de pluie et l’eau de ville sont moins sensibles au réchauffement et contiennent moins de nutriments. De plus, l’eau du robinet a déjà été désinfectée une première fois. La dispersion des aérosols est déterminée par le type de tirage. Les tours de refroidissement avec tirage forcé font ainsi l’objet d’une évaluation plus stricte que les tours de refroidissement avec tirage naturel.

La prévention de la légionellose figure tout en bas de la liste des priorités de nombreuses entreprises.

Quelles sont vos obligations en tant qu’entreprise ?


En tant qu’entreprise, vous avez essentiellement deux types de responsabilités en matière de prévention de la légionellose. Il y a, d’une part, celle qui découle du Code du bien-être au travail, qui s’applique dans de nombreux cas. Conformément à ce Code, vous êtes tenu d’effectuer une analyse des risques et de prendre les mesures nécessaires pour prévenir la contamination des travailleurs. Concrètement, cela peut concerner les douches des vestiaires, l’utilisation de jets d’eau, la nébulisation dans la production…

D’autre part, vous devez vous référer à la législation environnementale régionale.
 
Existe-t-il encore un risque de légionellose, même si les entreprises réalisent leurs mesures ?

Les bactéries de type Legionella peuvent, comme beaucoup d’autres bactéries, se multiplier très rapidement si les bonnes conditions sont réunies. En quelques jours seulement, une petite quantité de germes de légionelles peut croître de manière exponentielle et atteindre des concentrations présentant un risque pour l’homme. Même si toutes les mesures légalement obligatoires sont correctement mises en œuvre, il reste encore un faible risque de contamination.

Il n’existe toutefois pas de consensus sur la relation dose-effet des bactéries de type Legionella. Des expériences menées sur des animaux ont prouvé que la dose létale variait entre 2.400 et 10.000 ufc/l (unités formant colonies) et que l’infection se produisait déjà à partir de 130 ufc/l. Les valeurs d’action pour les tours de refroidissement utilisant de l’eau de surface sont actuellement de 10 000 ufc/l en Flandre. Pour les tours de refroidissement qui utilisent d’autres sources d’eau, cette valeur est de 1.000 ufc/l.

Dans la législation néerlandaise, des mesures peuvent être exigées à partir de 100 ufc/l, selon les cas ! De plus, la réglementation flamande ne tient pas compte de la distance entre la tour de refroidissement et les habitations ou les bâtiments dans lesquels se trouvent des personnes appartenant au groupe à risque. Cet aspect a toutefois a été pris en compte dans l’étude BREF sur les systèmes de refroidissement industriels (2001). Ne serait-il dès lors pas temps de revoir d’un œil critique la politique en matière de prévention de la légionellose ?

Plus d'information sur senTRAL: Légionellose

 

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