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La sécurité au travail est un état d’esprit

Actualités - 07/10/2019
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Auteur(s): 
Geert Van Cauwenberge


Dirk Gyzels est responsable du service prévention chez Inovyn au port d’Anvers. Il a été élu « Conseiller en prévention de l’année » par Agoria. À travers cette récompense annuelle, déjà décernée pour la onzième fois, la Fédération de l’industrie technologique entend souligner l’importance d’une politique de sécurité préventive et efficace dans l’industrie. Dirk Gyzels s’est distingué par sa politique de prévention très élaborée, qui met l’accent sur la sécurité des collaborateurs de l’entreprise, mais aussi ceux des contractants, installateurs et techniciens des entreprises de maintenance et de service. Nous avons rencontré le tout nouveau lauréat de la politique de prévention industrielle.

Inovyn est spécialisée dans la production de chlore, principalement utilisé comme matière première par de gros clients, dans le port d’Anvers. L’entreprise fabrique également des sous-produits spécifiques à l’électrolyse du chlore, tels que l’hydroxyde de sodium et de potassium ainsi que l’hydrogène. Elle fait partie du groupe chimique britannique Ineos. Chaque jour, 140 collaborateurs fixes et environ 60 contractants sont actifs sur le site de Lillo.

- Pour quelles activités faites-vous appel à ces contractants ?
Dirk Gyzels : « Nous avons besoin de contractants pour les activités annexes d’Inovyn, c’est-à-dire tout ce qui concerne les échafaudages, les travaux de peinture, d’isolation, la mécanique et la tuyauterie. Certains contractants sont également membres d’Agoria. »


Photo : Frederik Meulewaeter - Agoria

- Quels sont, en résumé, les principes de base de la politique de sécurité d’Inovyn ?
DG : « La politique de sécurité de notre entreprise est valable pour toute personne active sur le site : nos collaborateurs, les contractants, les transporteurs et les visiteurs. Elle repose sur la vision et la mission d’Inovyn, dans lesquelles la sécurité est une priorité absolue. Nous sommes très attentifs aux vingt principes de la sécurité du travail et des processus, ainsi qu’aux sept “Life Saving Rules”. Ces règles d’entreprise doivent être respectées par tout un chacun sur le site. »

« Parmi les exemples de principes en matière de sécurité au travail figurent notamment la responsabilité de chacun de travailler en toute sécurité, l’application du réflexe STOP dans les situations dangereuses, l’observation et le respect des règles et procédures, le signalement et l’investigation de tous les (quasi-)accidents et incidents, la promotion et la diffusion des principes de sécurité par les responsables. Les “Life Saving Rules” sont déployées pour des activités spécifiques susceptibles de provoquer un accident mortel ou une lésion irréversible, comme le travail en hauteur ou en espace confiné, l’ouverture d’installations contenant de l’énergie, les travaux de levage.... »

- Comment impliquez-vous les contractants dans votre politique de sécurité ?
DG : « Chez Inovyn, les sous-traitants qui effectuent des travaux sur nos sites sont très impliqués dans tout le processus de travail, de la sélection à l’exécution et à l’évaluation des travaux. En raison de la nature du travail (environnement chimique), nous devons être très vigilants par rapport aux risques éventuels et à leur suivi. Dans ce contexte, nous utilisons des instruments comme les formations en sécurité, les analyses de risques, les permis de travail et les visites d’observation. »

- Quelles mesures prenez-vous pour garantir la sécurité optimale des contractants ?
DG : « En amont d’une éventuelle collaboration avec une nouvelle entreprise de sous-traitance, nous procédons à un screening exigeant, afin de déterminer si le contractant est apte à travailler dans notre entreprise. En début de collaboration, nous fournissons à l’entreprise de sous-traitance un ensemble complet de documents expliquant les règles en matière de sécurité et d’environnement pour les sous-traitants. Cet ensemble de documents est intégré au contrat de collaboration. »

« Les collaborateurs du contractant qui se présentent pour la première fois dans l’entreprise doivent assister à une séance d’introduction sur la sécurité. Après cette introduction, ils passent un test pour vérifier si leur compréhension des règles en matière de sécurité et d’environnement est suffisante. S’ils réussissent le test, ils reçoivent leur badge d’accès à notre site. Ensuite, un responsable Inovyn guide le contractant dans les procédures de travail de notre entreprise et devient sa personne de contact en cas de questions. »
« Deux fois par an, le service de prévention organise une réunion de sécurité d’une demi-journée avec les contractants. Au cours de cette réunion, un rappel complet des règles de sécurité est proposé à tous les contractants et nos procédures sont remises en question de manière critique. Selon moi, on ne peut prendre de décisions sur le long terme sans compréhension suffisante d’une situation. Cette réunion est aussi l’occasion d’exposer des observations et incidents importants, de présenter les projets en matière de sécurité et de répondre aux questions éventuelles. »
« Nous invitons nos contractants à suivre nos formations en interne afin de mettre à jour ou de rafraîchir leurs connaissances sur les procédures en matière de sécurité et d’environnement. Nous mettons pour cela une plateforme d’e-learning à leur disposition. »
« Enfin, nous évaluons les performances de nos contractants en matière de qualité et de sécurité. Nous abordons les points d’amélioration possibles (et à en assurer le suivi) avec la direction de l’entreprise de sous-traitance. Chaque année, nous décernons aussi un “Contractor Safety Award” à l’entreprise de sous-traitance qui a travaillé de la manière la plus sûre sur la base d’une dizaine de critères objectifs. »

- Vous décrivez le « leadership encadrant » comme une partie cruciale de la politique de sécurité d’Inovyn.
DG : « En effet. Dans notre politique de prévention, nous estimons que le leadership cohérent est très important. Notre position est affirmée : au sein de notre entreprise, tous les dirigeants doivent avoir conscience de l’importance de la sécurité et la transmettre aux collaborateurs. Le leadership cohérent et proactif repose sur trois piliers : la valorisation, la correction positive et la sanction. Une vision que renforce une campagne d’affichage et une formation intensive d’une journée. »

- Pourriez-vous illustrer vos propos ?
DG : « Chez Inovyn, nous récompensons la meilleure observation de sécurité du mois. Par ailleurs, nous intervenons en cas d’infraction à une “Life Saving Rule”. Les sanctions varient de l’avertissement à l’expulsion du collaborateur concerné. Nous appliquons également un système de malus, dans lequel l’entreprise de sous-traitance doit faire un don — en fonction de son chiffre d’affaires — à une œuvre caritative. »

- Outre le leadership encadrant, la communication sur le site est une autre partie importante de votre approche préventive. Comment l’abordez-vous concrètement ?
DG : « Inovyn est une entreprise relativement petite, ce qui me donne l’occasion de m’adresser personnellement aux collaborateurs fixes et aux contractants en cas de questions ou problèmes. Nous sommes donc en mesure d’aborder rapidement les points à améliorer. La porte de mon bureau est toujours ouverte. Cette approche invite tous les collaborateurs à signaler rapidement les situations ou manipulations dangereuses, afin d’éviter toute aggravation. Une telle culture de communication ouverte est indispensable dans tout service de prévention. »
« Enfin, avec mes collègues, nous mettons en place des visites de sécurité communes avec les contractants afin d’identifier les actions dangereuses de nos collaborateurs et contractants sur le chantier. C’est très enrichissant pour toutes les parties, nous en tirons beaucoup d’informations. »

- Pouvez-vous citer quelques exemples concrets de programmes d’amélioration pour la sécurité ?
DG : « Il y a quelques années, nous avons développé une procédure très spécifique pour le travail sur des conduites ou des équipements avec des produits corrosifs. Nos collaborateurs et contractants sont désormais familiarisés avec notre procédure interne “P1030G”.

“Des suites de plusieurs accidents avec incapacité de travail lors de l’utilisation de vélos sur le site de l’entreprise, nous avons supprimé ces vélos au profit de tricycles équipés d’une remorque à outils. Nos collaborateurs roulent désormais plus lentement et ne doivent plus tenir le matériel en main.”
“Les travailleurs ont également reçu une formation et des instructions claires dans le cadre d’un trajet de changement visant à remplacer l’air sec par de l’azote.”

- Pour terminer, avez-vous un conseil général à donner aux conseillers en prévention ?
DG : “Je voudrais plutôt partager une préoccupation. Je constate que depuis quelques années, les chiffres en matière de sécurité stagnent dans les entreprises. Après les trois grandes vagues que l’industrie a traversées (améliorations techniques, mise en place de systèmes de gestion de la sécurité et travail sur le comportement en matière de sécurité), je pense qu’il est temps de passer à la quatrième vague : faire de la sécurité un état d’esprit que partagent tous les collaborateurs, afin qu’elle devienne une valeur ancrée chez chacun. La sécurité en tant que priorité serait alors une conviction personnelle, basée sur la volonté et plus sur l’obligation. En fin de compte, aucune situation n’est importante au point de justifier que l’on fasse fi de la sécurité.”
“J’aime faire la comparaison avec l’arrivée de la ceinture de sécurité dans les voitures, au milieu des années 1970. À l’époque, cette mesure a suscité pas mal de résistance (obligation). Aujourd’hui, chaque automobiliste attache automatiquement sa ceinture, parce qu’il a conscience que cette mesure contribue à sa sécurité (volonté).”

(Interview réalisée par Geert Van Cauwenberge)