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Vers une stratégie intégrée de prévention en manutention

Actualités - 09/01/2020
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Auteur(s): 
Adeline Dits


Depuis l’opérateur de production jusqu’au préparateur de commande en passant par le personnel hospitalier, quotidiennement, les travailleurs effectuent des tâches de manutention. Selon la définition du Code du bien-être, la manutention est « toute opération de transport ou de soutien d'une charge, par un ou plusieurs travailleurs, dont le levage, la pose, la poussée, la traction, le port ou le déplacement d'une charge qui, du fait de ses caractéristiques ou de conditions ergonomiques défavorables, com-porte des risques, notamment dorso-lombaires, pour les travailleurs. » (Art. VIII.3-1.).

Les contraintes, la variabilité et l’imprévisibilité caractérisant les situations de manutention posent un défi de taille à tout travailleur et mènent, dans bien des cas et après un certain temps, à l’apparition de TMS. Les TMS ou troubles musculosquelettiques sont des « affections périarticulaires, touchant sur-tout le membre supérieur, liées à une sollicitation excessive de l’articulation concernée ».

En Belgique, d’après une étude menée en 2015 reprise dans la brochure sur la prévention des TMS, 46 % des travailleurs souffrent de maux de dos, 44 % de douleurs aux membres supérieurs et 30 % aux membres inférieurs. Ces troubles, en plus d’avoir des conséquences pour la personne, impactent également le bon fonctionnement de l’entreprise : augmentation de l’absentéisme, mauvaise ambiance au travail et perte de la productivité pour n’en citer que trois.

Au niveau législatif, il n’existe pas de réglementation spécifique relative aux TMS d’origine professionnelle. Le Code contient des chapitres traitant notamment des vibrations, des équipements de tra-vail, du travail sur écran ou encore de la manutention manuelle des charges. En partant de cette der-nière, il existe une réglementation concernant la prévention des risques dorso-lombaires dont un ex-trait est repris ci-dessous (Art. VIII.3-7.) :

« […], l’employeur veille à ce que les travailleurs reçoivent une formation adéquate […] sur :
1° La façon dont les charges doivent être manipulées ;
2° Les risques encourus lorsque les activités ne sont pas exécutées d'une manière techniquement correcte ;
3° Les facteurs de risques [individuels] […] :

Comme le montrent les précédentes lignes, la formation aux techniques sécuritaires est une avenue prise par le milieu professionnel s’appuyant, d’autant plus, sur cette obligation légale. Les études, relevées par l’Institut de recherche Robert Sauvé en santé et sécurité du travail au Canada (IRSST), démontrent toutefois que la formation a des effets limités. En effet, elle ne tient pas suffisamment compte de la complexité des tâches de manutention ainsi que des compétences que doivent dévelop-per les travailleurs.

C’est pourquoi l’IRSST a développé une « Stratégie Intégrée de Prévention en Manutention » (SIPM). L’idée principale de cette approche est de développer « la capacité du manutentionnaire à exercer son jugement face à la diversité de situation de manutention et de contextes de travail ».

Cette nouvelle stratégie a été développée par Denys Denis, chercheur à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et responsable du champ Réadaptation au travail à l’IRSST. De manière à diffuser cette approche, un document et des vidéos visant la sensibilisation de la prévention des TMS ont été mises à disposition des différents intervenants reliés à des tâches de manutention.

La SIPM va combiner formation et intervention. La stratégie repose sur la compréhension, l’observation et l’analyse de cinq principes d’action. Ces principes sont les points communs de l’ensemble des techniques de manutention manuelle des charges. Chacun d’eux possède des repères d’observation caractéristiques - un peu comme l’apprentissage de la conduite automobile ou plus pré-cisément, comment réaliser correctement un créneau quelle que soit la voiture... Les repères indi-quent ainsi les compromis que le travailleur doit faire pour atteindre son objectif afin de préserver sa santé et sa sécurité tout en tenant compte des contraintes ou des efforts.

Les cinq principes d’action illustrés à l’aide de vidéos consultables sur le site de l’IRSST sont :

1. Réduction du chargement initial dont l’objectif est de « minimiser le chargement initial pour prévenir un effort excessif » ;
2. Répartition du chargement ayant pour but de « minimiser les risques d’efforts asymétriques qui sollicitent le corps de manière inégale en s’assurant que les chargements sont répartis le plus uniformément possible sur les différentes structures corporelles » ;
3. Stabilisation du tandem travailleur-charge qui cherche à « minimiser les risques d’effort soudain en ayant le niveau de stabilité requis au chargement » ;
4. Continuité du mouvement ayant pour objectif de « diminuer les efforts par cumul en évitant les efforts asymétriques et les mouvements saccadés » ;
5. Mise à profit des ressources dont le but est de « minimiser les risques d’efforts par cumul en réduisant la mise sous charge (intensité et durée du chargement) ».

La manutention manuelle des charges est une tâche complexe demandant au travailleur de développer des compétences favorisant la prévention des troubles musculosquelettiques. Les formations propo-sées classiquement minimisent, entre autres, l’influence des conditions de réalisation de la tâche sur les contraintes ainsi que les façons de faire mise en œuvre par le travailleur. Pourtant, c’est dans la compréhension du choix de la technique que réside la clef de la prévention des TMS. La démarche proposée par l’IRSST allie formation et intervention en milieu professionnel, proposant une approche plus globale.