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Comment la protection auditive au travail peut-elle être améliorée ?

Actualités - 22/02/2021
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Auteur(s): 
Geert Van Cauwenberge


Le lien entre une exposition excessive au bruit et les lésions auditives est prouvé depuis de nombreuses années déjà. Ces risques se manifestent naturellement lors d’activités de loisirs bruyantes (concerts, cinéma, compétitions sportives...), mais de nombreuses personnes subissent également des lésions auditives dans l’exercice de leur activité professionnelle. Selon des chiffres de 2019 de l’Agence fédérale des risques professionnels (Fedris), l’hypoacousie provoquée par le bruit figure au cinquième rang dans le classement des maladies professionnelles, dix à douze pour cent de la population professionnelle courant le risque d’être victime d’une hypoacousie grave.

Comme cette forme d’hypoacousie ne peut guère ou pas du tout être traitée – avec pour conséquence une perte auditive permanente, des acouphènes et des maladies cardiovasculaires –, la prévention est essentielle. Au cours des années écoulées, tant les responsables politiques que les secteurs professionnels de notre pays ont développé à cet effet des actions préventives. C’est ainsi que de plus en plus d’entreprises actives dans des secteurs sensibles à ce risque fournissent aux travailleurs une protection auditive destinée à réduire les risques liés au bruit.
En dépit de ces efforts, des actions supplémentaires restent nécessaires pour améliorer la situation. Les campagnes de sensibilisation actuelles misent principalement sur la responsabilité individuelle du travailleur et jouent sur les connaissances et les attitudes en matière de protection auditive, mais ne sont pas (suffisamment) efficaces. Les entreprises souhaiteraient dès lors que soient développés des outils efficaces qui incitent activement les travailleurs à utiliser correctement une protection auditive.

EarCovered at Work

Pour répondre à cette demande, des chercheurs de l’Arteveldehogeschool ont lancé, dans l’orientation Logopédie et Audiologie, un projet s’étalant sur deux ans (du 1er septembre 2019 au 1er septembre 2021) et visant à accroître l’efficacité de la politique de protection auditive au travail.

« Cela fait plus de dix ans que des mesures relatives à la protection auditive sont régulièrement effectuées par des étudiants de cette orientation lors de stages ou de travaux de fin d’études. En 2015, ces mesures ont été étendues et professionnalisées dans le cadre de la spin-off ‘SONahs’, en collaboration avec des audiologues agréés. À la suite de ces recherches, nous avons constaté que les EPI destinés à la protection auditive n’étaient pas ou pas correctement utilisés, ce qui est naturellement regrettable au regard des investissements consentis et préjudiciable aux travailleurs concernés », explique Hanne Messely, collaboratrice de projet à l’Arteveldehogeschool.

Dans le cadre du projet de recherche « EarCovered at Work », l’Arteveldehogeschool entend :

• développer un outil simple pour déterminer pour quelles raisons la protection auditive n’est pas portée ;
• sélectionner plus efficacement une protection auditive à la mesure du travailleur et de l’entreprise ;
• formuler des conseils sur mesure, de sorte que cette protection auditive soit aussi effectivement portée ;
• procéder de manière accessible, de sorte que les PME puissent aussi utiliser l’outil, par exemple au moyen d’une application de contrôle et d’évaluation.

Dans la première phase de cette étude, les facteurs qui déterminent pourquoi les travailleurs n’utilisent pas de protection auditive sur le lieu de travail ont été répertoriés. Quels sont les éléments dans l’environnement de travail et les déterminants comportementaux spécifiques qui jouent un rôle à cet égard ? Pour ce faire, les chercheurs ont utilisé des modèles explicatifs du comportement innovants et des facteurs d’influence liés à l’environnement. La connaissance de ces éléments est une première étape importante pour développer des campagnes de protection auditive à la mesure des entreprises, ce qui génère une situation gagnant-gagnant qui profite aux travailleurs, à l’employeur et à la société.


(photo:Unsplash - cetteup)

Pour répertorier les déterminants comportementaux et les facteurs environnementaux qui ont une incidence, des données tant qualitatives que quantitatives ont été recueillies durant l’année académique 2019-2020. Les expériences des opérateurs et des chefs d’équipe ont été entendues par le biais de groupes de discussion au sein de six entreprises. Par ailleurs, les chefs d’équipe et les opérateurs ont complété les « Beliefs About Hearing Protection and Hearing Loss » (NIOSH), un questionnaire standardisé qui sonde les attitudes vis-à-vis de la protection auditive et de la perte d’audition. Des interviews individuelles ont également été réalisées auprès des conseillers en prévention, qui font office de facteur environnemental.
« Le point fort de notre projet de recherche réside dans le fait que nous approchons des secteurs d’activité très divers : alimentation, métallurgie, traitement du bois, construction, transport... Cela nous donne une image très large des risques qui peuvent être présents dans les entreprises », déclare Hanne Messely.

Instrument d’évaluation

Sur la base des données recueillies, les chercheurs ont développé pendant la même année académique un instrument d’évaluation regroupant à trois niveaux les déterminants comportementaux et les facteurs environnementaux ayant une incidence : un volet pour les opérateurs, un volet pour les chefs d’équipe et un volet les conseillers en prévention. Cet instrument d’évaluation permet d’identifier tant les points forts que les possibilités d’amélioration au sein d’une entreprise et de déterminer sur cette base des objectifs en termes de comportement et de changement.
Au cours de l’actuelle année académique (2020-2021), cet instrument est validé à plus grande échelle dans des entreprises industrielles flamandes. Par ailleurs, nous poursuivons l’« Intervention Mapping Protocol » : des théories, méthodes et applications fondées sont sélectionnées pour arriver à un changement de comportement. Cela permet de définir l’objectif proprement dit pour l’avenir : le développement d’une intervention sur mesure qui incite les travailleurs à porter (correctement) la protection auditive fournie.

« Le problème d’une exposition excessive au bruit peut être résolu dans une large mesure en adaptant le comportement individuel. Il ne faut cependant pas non plus perdre de vue les facteurs environnementaux. À la lumière de notre projet, nous sommes également convaincus que des adaptations de l’environnement de travail peuvent induire le comportement souhaité. Une approche typique à cet égard est la technique de nudging, qui consiste à donner de manière subtile un petit coup de pouce aux travailleurs pour qu’ils adoptent le comportement souhaité. Cela peut se faire par exemple en apposant des affiches de sensibilisation à des endroits stratégiques sur le lieu de travail », commente Hanne Messely.

Vous trouverez de plus amples informations sur ce projet de recherche sur EarCovered at Work.

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