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L’effet de la nature sur la santé

Actualités - 13/12/2021
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Auteur(s): 
Edelhart Kempeneers - directeur médical Attentia


En Belgique, nous vivons dans des zones densément peuplées et urbanisées. En particulier ici, la nature est essentielle pour la santé humaine. Un nouveau rapport consultatif du Conseil Supérieur de la santé examine l'influence des environnements de nature verte et bleue dans les villes sur notre santé. Les conseils résument les connaissances scientifiques et offrent des orientations aux autorités locales, aux planificateurs de l'espace et au secteur de la santé sur la manière de mettre ces connaissances en pratique.

Pendant des années, la promotion de la santé humaine et la prévention des maladies se sont concentrées sur des soins médicaux adéquats, une alimentation équilibrée, une nourriture suffisante, un air pur et une eau propre. Cependant, l'homme fait partie d'un écosystème naturel dont le bon fonctionnement est également essentiel à sa santé. Les interrelations entre la nature et la santé humaine sont variables et complexes, et leur compréhension est toujours en cours. Cependant, il existe de plus en plus de preuves de l'importance de ces liens, tant en termes d'avantages que de risques pour la santé humaine.

Un rapport consultatif de 54 pages du Conseil supérieur de la santé vise à mettre ces connaissances en pratique en favorisant les interactions bénéfiques entre la nature et la santé humaine, et en réduisant les interactions néfastes. Compte tenu de l'ampleur et de la complexité du sujet et du très haut degré d'urbanisation du territoire belge, le Conseil se concentre dans ce rapport sur le thème spécifique des effets de la nature sur la santé humaine dans l'environnement urbain.

La nature en ville

Les rapports d'examen scientifique internationaux étudiés révèlent un large éventail de bienfaits de la nature urbaine pour la santé physique et mentale de l'homme. Toutefois, le rapport aborde également les risques sanitaires liés à la nature pour les humains, notamment les maladies infectieuses. Un exemple concret en est la maladie de Lyme, qui pourrait devenir plus répandue avec une connectivité accrue des espaces verts. La figure ci-dessous illustre ce risque pour une grande zone urbaine telle qu'Anvers.


Illustration du risque de maladie de Lyme en fonction des caractéristiques des espaces verts et de la connectivité avec les zones sources connues. (Source : Heylen et al., 2019)

D'un point de vue conceptuel, la santé d'une personne est le résultat de ses caractéristiques génétiques et de la façon dont elle est exposée aux influences extérieures et capable d'y faire face. Cependant, la simplicité de ce concept est trompeuse. Tout d'abord, les caractéristiques génétiques évoluent au cours de la vie en raison des processus de vieillissement et de l'interaction avec des déterminants externes. En outre, les déterminants externes sont une interaction complexe de facteurs biophysiques, de la disponibilité de nourriture et d'eau, de normes et de pressions économiques, sociales et culturelles, et de processus d'apprentissage. Il est de plus en plus reconnu que la santé humaine - tant individuelle que collective - dépend des processus qui se déroulent au sein des systèmes socio-écologiques.

Les interconnexions entre la nature et la santé en milieu urbain s'inscrivent dans ces systèmes socio-écologiques. Compte tenu de la complexité des zones urbaines, c'est-à-dire des systèmes socio-écologiques urbains, et malgré une augmentation rapide du nombre et de la diversité des études scientifiques pertinentes, il n'est pas surprenant que des incertitudes et des inconnues subsistent dans les connaissances scientifiques sur ces interrelations. Des recherches plus poussées permettront de combler certaines de ces lacunes dans les connaissances, mais le Conseil fait valoir que la complexité inhérente aux zones urbaines, y compris leur développement dans le temps, entraîne des incertitudes et des inconnues inhérentes.

Pas de recette standard

Néanmoins, le Conseil conclut, sur la base des données disponibles, que, parallèlement au développement continu des connaissances scientifiques, il est encore possible d'améliorer considérablement la santé en tenant compte des interrelations entre la nature et la santé. Cette amélioration pourrait également aller au-delà de la santé humaine et concerner les espèces et les écosystèmes urbains.

Malheureusement, il n'existe pas de recette standard pour la transformation des zones urbaines en vue de promouvoir la santé au sens large : le "verdissement et l'estompage" des villes peuvent jouer un rôle clé, mais la manière dont cela peut se faire concrètement dépend des caractéristiques spécifiques d'une zone. Chaque zone urbaine a ses propres caractéristiques naturelles, sociales, culturelles et économiques. C'est pourquoi le Haut Conseil de la Santé recommande une approche prudente et progressive de la transformation des zones urbaines pour une meilleure santé, afin d'identifier et de prévoir comment elles vont ou ne vont pas tourner, et d'ajuster si nécessaire.



Recommandations du rapport

Ce sont les principales recommandations du rapport.

1. Soutenir l'intégration des interconnexions entre les espaces verts et bleus urbains et la santé humaine à tous les niveaux de la société.
Les visites dans la nature peuvent être intégrées dans les routines scolaires et professionnelles, entre autres. Les programmes de développement urbain peuvent inclure la planification, l'entretien et la gestion en collaboration des espaces verts et bleus urbains. Enfin, l'accent peut également être mis sur la coopération intersectorielle, notamment entre la santé humaine et l'aménagement du territoire, et sur les processus participatifs impliquant divers groupes sociaux.

2. Soutenir l'expansion et le renforcement des cadres transdisciplinaires et multisectoriels, tels que One Health et EcoHealth.
Cela inclut l'échange de connaissances entre et à travers les différentes disciplines de recherche, les institutions environnementales, les soins de santé (primaires) et autres, et les niveaux politiques. Outre la coopération multisectorielle, ces cadres peuvent également renforcer l'interface entre la science, la politique et la société, ainsi que l'interaction avec le secteur juridique et sans but lucratif. Pour ce faire, il convient de soutenir le travail du Belgian One Health Network (BEOH).

3. Soutenir l'intégration de la biodiversité et de la santé humaine à tous les niveaux de gouvernance.
Pour ce faire, il faut développer des plateformes politiques transdisciplinaires qui associent la nature à la santé et au bien-être de l'homme et qui sont bien reliées à la science et à d'autres institutions. La santé humaine et la biodiversité doivent toutes deux être prises en compte dans les stratégies, programmes, projets et plans. Dans le contexte de l'incertitude scientifique concernant les scénarios futurs, les mesures "sans regret" valent la peine d'être prises maintenant, quel que soit le scénario qui se réalise finalement.

4. Promouvoir la transparence, le suivi et l'application des connaissances actuelles.
Il convient d'évaluer les recherches passées et actuelles sur les interrelations entre la nature et la santé humaine afin de clarifier leur portée et leur diversité ainsi que les manières dont elles ont été étudiées. L'idéal serait de créer un programme de recherche plus intégré dans lequel la recherche qualitative et quantitative pourrait être combinée.

5. Développer des systèmes de santé plus résilients et efficaces qui intègrent la santé humaine et la santé environnementale.
Les approches curatives existantes en matière de soins de santé primaires doivent être complétées par une concentration sur des approches intégratives, appliquant les aspects de santé préventive des espaces verts et bleus urbains. Ces interventions doivent faire l'objet d'une surveillance et d'un suivi du point de vue de la recherche.

6. Promouvoir l'équité en matière de santé humaine.
Des stratégies participatives sont nécessaires pour la conception et la gestion de projets naturels dans et autour des villes qui maximisent l'accessibilité et les avantages pour la santé humaine des espaces verts et bleus urbains et périurbains pour les groupes vulnérables, évitent l'éco-gentrification et encouragent le partage des espaces verts et bleus urbains.

7. Intégrer les effets des espaces verts et bleus urbains sur la santé humaine dans les plans d'aménagement du territoire et de développement urbain.
Cela devrait tenir compte des besoins locaux et informer les citoyens sur les risques biologiques du contact avec la nature ; voir aussi ci-dessus l'exemple du contact avec les tiques avec le risque de maladie de Lyme.

8. Soutenir des projets de recherche longitudinaux et transdisciplinaires qui étudient de manière intégrée les avantages et les risques pour la santé humaine des espaces verts et bleus urbains.

Les sujets proposés comprennent :
- les aspects préventifs des espaces verts et bleus urbains pour le développement des troubles mentaux
- les effets des espaces bleus sur la santé humaine et l'équité
- d'autres mécanismes par lesquels les espaces verts et bleus urbains ont un impact sur la santé humaine, y compris la cohésion sociale
- les effets des espaces verts et bleus urbains sur la pollution lumineuse, la démence et l'obésité

Les défis spécifiques de la recherche comprennent le développement d'outils pour évaluer l'impact des espaces verts et bleus urbains sur la santé humaine, le développement de modèles de recherche intégrés et des études à long terme sur l'impact sur la santé humaine.

9. Soutenir la recherche approfondie sur le lien entre le système immunitaire humain et l'environnement naturel.
D'autres études épidémiologiques devraient examiner l'importance du microbiome dans l'interrelation entre la nature et la santé humaine, y compris son interaction avec d'autres facteurs, comme l'état nutritionnel. Il s'agit également de déterminer s'il existe une "période critique" (par exemple une saison) pour ces contacts, l'effet préventif des espaces verts et bleus urbains sur le développement des allergies, de l'asthme et des problèmes de santé mentale et, enfin, l'influence de facteurs individuels tels que le statut socio-économique, le sexe ou le contexte migratoire.

10. Promouvoir la recherche fondée sur la pratique.
Les thérapies impliquant différents types de visites dans la nature devraient faire l'objet d'un suivi, en vue d'élaborer des lignes directrices et des instructions à l'intention des professionnels de la santé sur la manière d'utiliser les environnements naturels pour promouvoir la santé humaine. En outre, il faut poursuivre les recherches sur les mécanismes qui déclenchent les effets sur la santé humaine. Le suivi et l'évaluation au sens large (pas seulement des thérapies) sont également nécessaires. Il est nécessaire de mener des recherches quantitatives et qualitatives sur les aspects des espaces verts et bleus urbains liés à l'équité en matière de santé.

Des méthodes de mesure uniformes sont nécessaires pour mesurer, conduire, analyser, cartographier et surveiller la disponibilité, l'accès, les éléments et les impacts sur la santé humaine des projets actuels et futurs liés aux espaces verts et bleus urbains. Les évaluations des incidences sur la santé humaine qui pourraient, par exemple, être incluses dans les outils existants d'évaluation des incidences sur l'environnement sont des exemples qui pourraient contribuer à la base de données probantes. Enfin, il convient de développer une base de connaissances qui permette de déterminer quelle biodiversité est nécessaire, et en quelle quantité, pour préserver la santé humaine et d'approfondir et/ou de clarifier les mécanismes sous-jacents.

11. Investir dans la recherche collaborative.
L'engagement sociétal est essentiel, par exemple la participation des citoyens comme dans la science citoyenne. Les projets de recherche interdisciplinaires contribuent à développer des supports méthodologiques et de communication pour la collaboration intersectorielle. Dans un programme de recherche plus intégré, la recherche qualitative et quantitative peut être combinée.

Indicateurs appropriés

Compte tenu de la complexité inhérente aux systèmes socio-écologiques tels que les zones urbaines, l'évaluation des résultats des politiques et des actions des gouvernements, des organisations privées et des groupes de citoyens est rarement simple, notamment parce que les différents groupes peuvent avoir des préférences ou des intérêts différents. Cela justifie une approche inclusive et consultative. La santé elle-même étant un concept non mesurable, des indicateurs sont nécessaires. Le Conseil recommande un suivi approfondi des résultats à l'aide d'un ensemble approprié d'indicateurs, grâce à un processus continu d'évaluation de l'impact de la politique de santé. Une approche prudente et progressive évite de s'engager dans des voies irréversibles et/ou inefficaces, et favorise également une meilleure compréhension et l'intégration de nouvelles connaissances dans des complexités imprévues.

Avis 9436 - Villes vertes et bleues

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